origine du chateau de treziers

Histoire du château de Tréziers

Le chateau de Treziers annees 1960

17éme° & 18éme SIECLE

Lorsqu’elle fut vendue à Arnaud Tissenay,  le 27 janvier 1669,  la seigneurie de Tréziers était composée du château avec ses terres et de cinq maisons du village.
Y étaient rattachées la métairie d’Autajou, dépendant de la communauté de Tréziers, et celle de Borrel (ou Bourrel) située dans la paroisse de Corbières.
Le dimanche 26 novembre 1690 Arnaud Tissenay fait reconnaissance au marquis de Mirepoix, Gaston Jean Baptiste de Lévis, il énumère dans le détail tous ses biens détenus à Tréziers soit environ soixante-treize hectares de terres. Les biens dits nobles ne sont pas concernés par cet acte. Après l’hommage seigneurial, ils devront faire l’objet de l’aveu et du dénombrement.

Près d’un siècle plus tard nous voyons le château dans d’autres mains. Au printemps 1763 Gaston de Lévis presse la communauté de Tréziers  de faire les reconnaissances seigneuriales. Maître Segala notaire à Cintegabelle et Maître Letu notaire et tabellion à Mirepoix sont chargés de les enregistrer.
Le sieur Jacques Roques résidant à Limoux est mandaté par son épouse Pétronille Trinchant héritière du château et de ses titres. Le mardi 17 janvier 1764 il se présente devant les notaires. Il déclare dix-neuf parcelles contenant soixante-dix-sept hectares.
L’acte qui détaille les dépendances du château est des plus précis. Il mentionne « un couvert servant d'écurie, l'entrée de la basse-cour du château, une partie de son sol ou haire, une grange ou  pailliére qui du côté du midi joint son sol noble, contenant trente-deux cannes (60m2) ». Par sol noble il faut comprendre la petite cour, devant l’entrée principale. Jadis elle était vraisemblablement à l’intérieur de l’enceinte du château primitif. De viendrait son caractère noble. Le sol ou haire qui se trouvait au nord du château contenait quatre rusquets (744m2)
La métairie d'Autajou  appartenait du château. Elle disposait de quarante-quatre hectares et demi  « tant terre labourable que près, bois et terre en friche »
Aux soixante-treize hectares que possédait Arnaud Tissenay  s’étaient ajoutés quatre hectares rachetés à diverses familles du village. Il s’agissait d’une dizaine de parcelles qui touchaient le domaine. Parmi celles-ci on trouvait à Coumeilles un champ venant de Raymond Soula, au Barry de Loumet un pati et des jardins qui appartenaient à Domenge Douce dit Grasset, Jean François Mareilles et Arnaud Carrié. Au Camp de la Hiero  c’étaient des parcelles achetées à Pierre Lassepla et à Barthelemy Douce.

L’acte de reconnaissance fixait les redevances dues au marquis de Mirepoix : l’agrier, la censive et le droit de queste.

L’agrier était égal au douzième des produits de la terre. Les prieurs de Camon appliquaient ce même taux pour les biens sous leur dépendance. Au 17éme siècle les taux usuels du marquisat de Mirepoix étaient généralement plus élevés. Le  plus souvent le marquis exigeait le neuvième ou le dixième de la production vivrière (2)
La censive était forfaitaire. Elle était exprimée, partie en argent, partie en denrées. Pour les biens du château il était du deux livres douze sols trois deniers. Cette somme incluait deux sols dus pour la « queste du bordier ». Le paiement en espèces était complété par la remise de denrées. Tout d’abord deux quarterées trois rusquets de blé (120 litres).  Ensuite trois rusquets d’orge (34  litres). Enfin il devait être remis huit gélines.

LES METAYERS OU FERMIERS

Pour  exploiter les terres du château et de ses annexes d’Autajou et Borrel de nombreux bras étaient nécessaires. Des équipes fournies, de laboureurs, de brassiers, de bergers, étaient encadrées par un maître valet ou un contremaître. Des familles entières y étaient employées. Elles étaient logées dans les dépendances ou dans les métairies. Nombre d’entre elles,  par le jeux des mariages ont fait souche, à Tréziers.
En 1674 lorsque le domaine est acheté par le sieur Moynier, notaire à Paris, il en confie la direction à Jean Delpoi originaire de Mazerolles. C’était un homme d’expérience, capable de gérer un bien de cette importance. Il avait  managé auparavant le château de Sibra pour le compte de Grégoire de Saint-Georges.

Le plus souvent on voit les terres du château données en métayage. En 1686 nous y rencontrons Jean Géli et sa famille. En 1719 c’est François Roudiéres.

En 1715 François Pech et Françoise Vidal sont métayers à Autajou. Ils sont aidés par leur nombreuse parenté dont Pierre Pech et Anne Villa.

En 1730 c’est la tribu des Chaubet qui investit la propriété. Jean Chaubet s’installe au château, son frère Thomas à Autajou.

Au milieu du dix-huitième siècle les fermiers se succèdent à un rythme soutenu. 1738 Guillaume Albert, 1739 Pierre Toureilles, 1760 Jean Falcou, 1762 Jean Ilhat, 1767 Jean Louis Tournier.

LE BAIL DE 1763

Le mercredi 27 avril 1763, dans les salons du château de Tréziers, le notaire Vincent Flandry de Limoux rédigea un bail « à titre d’afferme et arrentement » concernant les biens et dépendances du château. Jean Caraben curé de la paroisse et Charles Clergues bourgeois de Tréziers étaient témoins.
Le bailleur était Jacques Roques fabriquant de drap à Limoux. Il agissait pour le compte de son épouse Pétronille Trinchant et de sa belle-mère Antoinette de La Salle qui étaient désignées comme les « seigneuresses » de Tréziers.
Les preneurs étaient Pierre Tournier et son fils Jean Louis qui venaient de la métairie de La Redonde, dépendant de la paroisse de Roumengoux.
 Les biens donnés à bail étaient considérables. Ils comprenaient à tout à la fois des biens matériels, les terres et bâtiments, et les droits attachés à la seigneurie
Ils réunissaient les biens nobles ou ruraux que possédaient « les demoiselles Trinchant ». A Tréziers il y avait « château, pigeonnier, granges, jardins, prés, vignes et breils ainsi que la métairie d’Autajou » A Corbières la métairie de Borrel en faisait partie.
Aux terres se rajoutaient tous les droits seigneuriaux que la famille Trinchant percevait auparavant sur les baux emphytéotiques dépendant de la seigneurie de Tréziers. Cinquante-huit familles en étaient tributaires. Outre l’agrier elles devaient régler la censive (ou cens) au fermier. Cela lui garantissait un revenu de neuf cents litres de blé, soixante-dix litres d’orge, douze poules, ainsi que deux livres tournois.
Afin de se garantir, Roques demanda aux fermiers, Pierre et Jean Louis Tournier,  le versement d’une caution solidaire de deux mille livres. C’était une somme considérable. Il la conservera, sans devoir payer d’intérêts, jusqu’à la fin du bail.
Le bail fut consenti pour une période de neuf ans. Il débuta à la Toussaint 1763. Les teneurs s’engageaient à servir une rente annuelle de seize cents livres Elle devait être payée en deux parts égales à la Noël et à la Saint-Jean.
En complément a cette rente les fermiers donneraient chaque année : douze chapons, douze gélines, six oies et deux cents œufs.
Il fut convenu que toutes les charges royales et seigneuriales pouvant grever la seigneurie seraient payées par les fermiers. Ils en remettraient les quittances à Roques.
Ils s’engageaient à « mener les biens en bons ménagers et pères de famille, de les cultiver dans l’ordre de la bonne ménagerie, sans qu’ils puissent mettre récolte sur récolte ». On voit là, l’obligation de la mise en jachère afin d’éviter l’épuisement des sols.
« Les pailles produites seront transformées en fumier et utilisées exclusivement dans le domaine. Les fermiers pourront couper des feuillages pour nourrir le troupeau. Mais il leur est interdit d’utiliser des pics pour arracher les arbrisseaux.
Il leur  est interdit d’abattre des arbres verts sauf ceux nécessaires pour construire ou entretenir leurs outils aratoires  Ils devront chaque année planter deux cents arbres, des saules ou des peupliers »

A cette époque le bois était omniprésent dans l’équipement de la ferme. Cela allait des petits outils, comme les fourches, aux attelages, comme les tombereaux ou les charrettes. Les roues étaient en bois tout comme les jougs qui servaient à joindre les bœufs.
Pour travailler le sol on utilisait l’araire, elle aussi en bois. Seule la « reille», une lourde lame en forme de flèche, qui faisait office de soc, était en fer. L’efficacité de l’araire était limitée. Elle était incapable de retourner le sol en profondeur et d’enfouir le fumier. Ce labour épidermique du sol devait être renouvelé de multiples fois avant que la terre soit prête à recevoir la semence. Le bail exigeait qu’il y ait au moins quatre façons (passages) avant la Toussaint et que toutes les paires de bœufs disponibles soient affectées à ce travail.

Les preneurs s’obligeaient également à travailler les linières. Le lin était une production importante dans la contrée. Les fibres de ses tiges alimentaient les nombreux ateliers de tisserands de toile du village.
Les fermiers étaient responsables de la bonne tenue du domaine. Les fossés devaient être curés, les bords de la rivière entretenus. Il s’agit là d’une clause de première importance, car lorsque l’Hers est en crue, il ronge les berges et menace les parcelles de la plaine qui sont les plus fertiles. Dès que des dégâts seront constatés les fermiers devront avertir sans délai le sieur Roques. C’est le propriétaire qui devrait faire procéder aux réparations nécessaires à ses frais. Toutefois il recevrait l’aide des fermiers qui devraient fournir les bœufs et les charrettes pour le transport des matériaux.
 Les preneurs doivent avoir soin des bâtiments du château et des métairies. Ils sont tenus de réparer les toits et de guérir les gouttières. Ils disposent d’une tuilerie à la métairie de Bourrel. Grâce à la glaise qui affleure sur place et au bois qui est abondant, ils peuvent faire fonctionner le four pour obtenir toutes des tuiles nécessaires … Ils sont également chargés de produire la chaux destinée à l’entretien des murs.
Jacques Roques et les demoiselles Trinchant se réservaient la jouissance de quelques parties du domaine. Au premier étage du château ils gardaient l’usage de la grande salle et des deux chambres du coté est.
Etaient aussi exclus du bail le jardin potager situé devant le château, « l’horte ». Il en était de même pour le jardin, situé « al Portal », tenu par François Raynaud dit Caillou, ainsi que pour le pati situé « al Barri de Lourmet » tenu par Guillaume Fourquié dit l’arbitre ou  « légassier » (l’homme de loi ?)
La famille Roques conservait la faculté de vendre à tout moment des parcelles de terre et d’utiliser les bois du domaine pour faire du charbon.
Les revenus des fermiers étaient protégés, en partie, contre caprices du ciel. L’usage, en vigueur dans le diocèse de Mirepoix, prévoyait un système d’assurance. En cas de destruction des récoltes, par la grêle, le sieur Roques était tenu d’indemniser Pierre et Jean Louis Tournier, à dire d’expert. Il existe une condition suspensive : le fermier devait l’aviser dans les trois jours. 

Il fut convenu qu’à la Toussaint 1763 Roques remettrait les cabaux nécessaires à l’exploitation du domaine. Il s’agit des animaux, des outils aratoires, des foins et pailles et grains de semence. Des experts seraient chargés d’inspecter les terres pour en dresser l’état. A la même occasion ils dresseraient la liste des cabaux en estimant leur valeur marchande.

A l’expiration du bail il serait procédé à la même opération afin de s’assurer que terres et cabaux seraient dans l’état même où ils furent reçus.

JEAN PAUL BERGER

Vers 1780 arriva Jean Paul Berger. Il était originaire de Mazéres sur l’Hers. Sa famille l’accompagnait. Son frère Jean Baptiste était depuis peu le curé en charge de la paroisse de Saint Martin de Tréziers.  En septembre 1778 il avait remplacé Jean Caraben.
Jean Paul Berger prit à ferme le château de Tréziers avec les métairies d’Autajou et de Bourrel.
Le bail fut établi moyennant une rente annuelle de trois mille livres. La valeur des cabaux fut estimée à neuf cent cinquante livres. Ils devaient être restitués en fin de bail, pour la même valeur, ou bien compensés en argent.
Jean Paul Berger s’engagea en outre à laisser, lors de son départ, à la disposition de son remplaçant, soixante setiers (cinquante-huit hectolitres) de blé beau et marchand. Il devrait également restituer deux cent treize livres de fer, soit un peu plus d’un quintal. Ce métal était destiné à entretenir les outils de labour
En cette fin du dix-huitième siècle le domaine du château de Tréziers avec la métairie d’Autajou regroupaient un peu plus de cent quarante-neuf hectares de terres. La métairie de Borel comptait cent soixante hectares. Mais elle ne disposait que de peu de terres cultivables. Pour l’essentiel elle était constituée  de bois et de herms (3)
 En 1792 le District de Limoux demande la séquestration des biens des Lévis. Le mardi 15 Prairial an II (6 juin 1794)  le Directoire de Limoux met en vente par adjudication les biens des Lévis.
Le château et ses terres furent attribués à Bernard Espert de Mirepoix. La métairie d’Autajou fut adjugée à Jean Paul Bergé, le fermier, pour un montant de quinze mille livres.
Quelques années plus tard sous le Consulat, en l’An II de la République, les héritiers du marquis de Mirepoix demandèrent la restitution de leurs biens. Le Tribunal Civil de l’Aude appelé à statuer sur leur requête leur donna raison. Le 19 mars 1800 les frères Bergé furent condamnés à payer quatre mille francs à la famille de Lévis. C’était une somme importante supérieure à un an de bail du domaine du château de Tréziers.
Le 05 octobre 1804  le jeune Jean Baptiste Bergé, fils de Jean Paul, filleul du curé de Tréziers, épouse Alexandrine Toursier. Il a dix-sept ans, il est né en  1787. Il va se vieillir de deux ans, en déclarant être de 1785. Sa fiancée habitait à Saint Just de Belengard avec sa sœur Cécile qui était veuve. Cette dernière possédait un petit pécule venant de la vente d’une maison à Castelnaudary qu’elle tenait de son feu mari, Antoine Espinasse. Cette fortune va lui permettre de sortir la famille Bergé d’un mauvais pas.
Le 04 juillet 1812, acte est passé devant maître Clavel notaire à Chalabre. « Jean Paul Bergé vend à Cécile Toursier la métairie appelée d’Autajou. Elle consiste en bâtiment, sol, jardin, champs, terres et vignes. Elle est traversée par les ruisseaux du Coudounié et de la Fage. Cela représente tous les biens détenus à Tréziers par la famille Bergé autres que la maison et le jardin du presbytère. Le vendeur se réserve les « cabaux et les récoltes pendantes par la racine » ainsi que les charrettes et instruments aratoires. La vente est faite moyennant la somme de six mille francs. Cécile Toursier s’engage à payer quatre mille francs aux héritiers de feu le marquis de Mirepoix. Cela doit apurer les dettes de Jean Paul Bergé et de Jean Batiste son frère curé de Tréziers. Les deux mille francs restant seront payés dans un délai de deux ans à Raymond Magnounat fermier à Moulin Neuf commune du Cazal des Faures. »
La métairie d’Autajou n’était pas d’un bon rapport. La dame Toursier n’arrivera pas à rembourser ses dettes. Elle devra se résoudre à revendre la métairie. Le 26 novembre 1816 Pierre Maillenc Espert, le propriétaire du château de Tréziers s’en rend acquéreur pour la somme de six mille sept cents francs. L’acte de vente précise qu’il devra en priorité régler les deux mille francs dus à Magnounat ainsi que les intérêts sur la dette. Pour le reste il disposera de quatre ans pour payer la dame Toursier.

(2) La Révolution de 1789 à Mirepoix, Jean Laurent Olive, 1974, p. 16.
(3) Séquestre des biens Lévis. IQ88. Archives départementales de l’Aude.

ISSN : 1626-0139

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