Jean Baptiste Bergé

 
En août 1778 arrive Jean-Baptiste Bergé. Il est alors âgé de quarante-deux ans. Il sera, pendant quarante-quatre ans, curé de Tréziers. Il va connaître l'époque troublée de la Révolution. Une partie de sa famille l’a suivi à Tréziers. Son frère Jean Paul est le fermier du château. Laissant souffler la tempête révolutionnaire, il va tant bien que mal se maintenir à la tête de la paroisse.
 

 
Le 02 novembre 1789 l'Assemblée Constituante confisque les biens du clergé. Ils sont mis à la disposition de la Nation. Au début de l'année 1790 elle exige du clergé le serment de fidélité, tout comme pour les élus du peuple. Ces bouleversements vont aboutir le 12 juillet à la "Constitution civile du clergé". L'organisation religieuse est calquée sur le découpage administratif de la France. Les départements, districts et communes effacent les anciens diocèses civils et communautés. Il est prévu un diocèse par département. De nombreux évêchés sont supprimés ou démembrés dont celui de Mirepoix.
La paroisse de Saint-Martin de Tréziers est partagée entre les départements de l'Aude et l'Ariège qui viennent d’être créés. La communauté de Tréziers est une commune du canton de Peyrefitte, département de l'Aude. La communauté du Cazal des Faures est une commune du canton de Mirepoix, département de l'Ariège.
 
Evêques et curés sont traités comme des fonctionnaires. Ils sont nommés par l'Etat et reçoivent un salaire du Trésor Public. Dans son « Histoire du clergé de l'Aude » le chanoine Sabarthés rapporte, que si Jean Baptiste Bergé prêta tous les serments, il se rétracta de bonne heure
Les curés avaient beaucoup de difficultés, même assermentés, à obtenir leur traitement. Le cinq thermidor an VIII (24 juillet 1800) six prêtres de la région se regroupent pour obtenir leur du. Ils se rendent à Peyrefitte du Razès chez le notaire maître Bosc pour désigner un mandataire
 
Un acte est rédigé: "Ce jour, les citoyens Jean Baptiste Berger de Tréziers, Jean Paul Marquié de Caudeval, Antoine Cathala de Peyrefitte, Bertrand Dalbis de Courtauly, Antoine Taillau de Pomy, tous ministres du culte catholique, donnent pouvoir à Jean Maurice Cathala agriculteur à Laurac pour agir devant Monsieur le Payeur Général de l'Aude pour faire payer les traitements et pensions attribuées".
 
Après le Concordat de juillet 1801, signé entre le Consul Napoléon et le pape Pie VII, les relations entre l'Eglise et l'Etat s'apaisent. Les évêques et curés sont payés par le gouvernement. L'évêque est nommé par le Consul et institué par le Pape. Il nomme lui-même les curés du diocèse. Tous prêtent serment de fidélité au 1er Consul.
Jean Baptiste Bergé est officiellement nommé à la charge de desservant de Tréziers et de Corbières. Dans cette dernière paroisse il remplace Jean Paul Marquié qui lors des troubles révolutionnaires a pris l'initiative de s'installer dans la cure de Caudeval restée vide après la disparition de son curé.
 

Mais avant d’arriver au Concordat la route fut semée d’embûches pour le curé de Tréziers.  En juillet 1790 les biens de l'Eglise sont confisqués pour être vendus, sur adjudication, par les administrateurs du Directoire de l'Aude à Limoux. A Tréziers où il n’y a pas de congrégations les biens se résument à ceux détenus par la paroisse. En plus du presbytère, il y avait les terres provenant d’obits. C’est à dire les legs faits à l’église pour dire des messes à la mémoire de défunts.

Les conditions d’adjudication, fixées par le décret du 9 juillet 1790, sont particulièrement avantageuses pour les acheteurs. Les biens sont vendus libres de toute rente, redevance et droits de mutation. Ils sont affranchis de toute dette ou hypothèque. Le principe même d’obit est annulé. Pour les terres labourables, vignes, prairies il suffit de régler douze pour cent du prix dans les quinze jours. Le surplus est payable en douze annuités égales, payables en douze ans. L’intérêt du capital est fixé à cinq pour cent.
 

A la première réquisition, le 17 mars 1791, la municipalité ne remit au District que des biens provenant de l’obit Paul Dousse. Ils furent estimés à sept cent quatre-vingt-cinq livres. La vente eut lieu le vendredi 27 mai 1791 à cinq heures de l’après midi. Joseph Carrié et François Bénet étaient les commissaires. La mise à prix fut fixée à mille livres. Les enchères, à la bougie, furent âprement disputées entre deux habitants du village. Le premier à enchérir fut Jean Paul Bergé le frère du curé. Il offrit dix livres de mieux. Jean Sérié le gendre du maire Clergue repris l’avantage en majorant de vingt-huit livres. Il faudra quatorze bougies pour conclure. Ce fut Jean Sérié qui enleva la vente pour mille cinq cent soixante-cinq livres. Il semble bien qu’on ai vu cette après midi l’affrontement de deux clans, loyalistes ou cléricaux  contre révolutionnaires.
 
 
Avait-t-on dénoncé les autorités municipales, les accusant d’avoir dissimulé quelques biens de la paroisse ?  Le 14 octobre le District de Limoux revint à la charge. Il réquisitionna de nouveaux biens. Ils provenaient également de l’obit de Paul Dousse. Il s’agissait d’un « auzerda » au village contenant cinquante-cinq cesterées, un champ au lieu de Pouroutgé de soixante-six céterées, plus un champ « darré maisons » de cinquante-cinq cesterées. La valeur du tout fut estimée à cent soixante quinze livres. La vente aura lieu le vendredi 2 décembre 1791, à deux heures de l’après midi. Le maire Jean Clergue fut le président du bureau.  Les commissaires étaient Paul Bergé et Jean Bonnéry. La mise à prix fut fixée à cent soixante-seize livres. C’est le curé de Tréziers Jean Baptiste Bergé, qui lança l’enchère, en proposant cinq livres de mieux. Comme lors de la précédente vente, au printemps, Jean Sérié se posa en adversaire résolu. Il enlèvera le lot à la quatrième bougie pour la somme de deux cents livres.
 
D’autres terres d’église, comme justement l’obit d’Antoine Carrié, à la Faure, restèrent dans le giron de la commune. Etait-il moins intéressant ou bien  le maire a-t-il voulu protéger les legs de l’aïeul de son épouse ? Ces ventes de biens venant d’obits mis en place par de vieilles familles du village devaient provoquer pour longtemps des ressentiments, favorisant ou amplifiant un certain esprit de clan.
 

Une nouvelle vague de réquisitions va s’attaquer à la paroisse de Saint-Martin de Tréziers. Pendant le mois de ventose de l’an II les représentants du District passent dans les communes pour récupérer les ornements et mobiliers d’église ayant quelque valeur. La municipalité de Tréziers, une nouvelle fois, traîne les pieds. Le vendredi 14 mars 1794 elle remet quelques effets et ornements de l’église. Ce lot de neuf pièces, en assez mauvais état selon les témoignages, était composé de quatre chasubles, une aube, deux « annates » et deux nappes. C’est peu de chose à comparer aux contributions des villages voisins. La municipalité de Caudeval donna quatre-vingt-six pièces, celle de Sonnac soixante-treize, Camon quarante et une, Corbières onze.

On en a le sentiment que la raison d’un si petit tribut est autre que la pauvreté supposée de la paroisse. Une grande partie des ornements a été dissimulée. Contrairement aux autres localités, ici aucun objet du culte n’a été remis. La comparaison des états remis au District permet de ne pas en douer.

Le maire de Caudeval, particulièrement zélé, avait lui dépouillé son église des objets précieux en or et argent : un ciboire, un rayon de soleil, deux calices, un petit porte dieu. Le tout pesait deux marcs cinq onces. Il avait aussi donné des chandeliers et autres objets en laiton pesant quatre-vingt-cinq marcs.
 

Sous la pression des envoyés du Directoire de Limoux la municipalité de Tréziers devra consentir à faire un effort de plus. Le 19 septembre 1794 elle remet un calice avec sa patène, un ciboire, un ostensoir.

La liste définitive des matières en or et argent provenant des communes du district, établie par Jean Esparteille-Espert à la demande du Directoire, nous apprend qu’il fut collecté sept cent huit marcs d’objets précieux. La contribution du canton de Peyrefitte était de quarante-huit marcs, celle de Tréziers trois marcs.
 

Un autre épisode, provoquant tensions et disputes, viendra avec la vente du presbytère, du château et de la métairie d’Autajou. Les opérations de réquisition puis de mise en adjudication ne se déroulèrent pas toujours dans la transparence.
Les biens Lévis furent vendus par les administrateurs du Directoire du département de l’Aude à Limoux le mardi 03 juin 1794 (15 prairial An II)
Jean Paul Bergé, frère du curé, avec l’aide de Bernard Espert acquéreur du château de Tréziers, acheta la métairie d’Autajou pour quinze mille livres. Il sera aussi acquéreur, on ne sait dans quelles conditions, du presbytère et son jardin. Il y logera avec son frère. Cela provoquera la colère d’une partie des habitants de la commune qui considérait cette maison comme bien de l’ancienne communauté et donc comme bâtiment communal.
 

Une décennie plus tard on pourra encore  observer dans le village, jalousies et  protestations. Lors de sa réunion du 12 avril 1803, le conseil général de la commune reproche à Bergé  d'avoir acquis cette maison. Elle « appartenait de temps immémorial à la communauté de Tréziers ». Il aurait profité de sa position d'adjoint au maire.

On l’accuse d'avoir agi de façon détournée et illégale. Il n'aurait pas fait les publications et négligé de placarder les affiches « voulues et prescrites par la Loi ».  Le conseil demande au Préfet, par un vote à l'unanimité, l'annulation de la vente et la restitution du bien. Cette démarche n'aboutira pas. La maison et le jardin resteront dans le patrimoine de la famille Bergé jusqu'en 1874. A cette date la commune la rachètera pour trois mille huit cents francs afin d'y installer l'école puis la mairie.

Jean Baptiste Berger prêtre « succursaliste» de Tréziers possède des terres, champs et jardin qu’il fait travailler. Le 28 juin 1818 il assiste à la rédaction du contrat de mariage entre Françoise Berger sa nièce et Jean Louis Tournier. Il institue Françoise comme son héritière en lui léguant tous ses biens sauf le tiers qu’il se réserve. Il promet de recevoir les futurs époux chez lui pour y vivre à « même pot et feu » à charge toutefois pour eux de le servir et de lui rapporter leur travail et de contribuer à la dépense du ménage.

Jean Baptiste Bergé décédera le mercredi 06 mars 1822 à l'âge de quatre-vingt sept ans dans cette maison. Elle échut à ses héritiers.

 

ISSN : 1626-0139

 

15/10/2010

 

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