Discordes au sein du Conseil Municipal

 

Le 1er octobre 1860 le nouveau maire Jacques Raulet, en prenant ses fonctions, déclare aux conseillers que son prédécesseur Joseph Bénet lui a laissé des factures impayées Il faut régler une note de deux cent trois francs. Elle concerne des réparations faites l'année précédente à la grange du presbytère. Elle sera honorée.

Il semble que les maçons n’ont guéri que le plus pressant. Quatre ans plus tard, à nouveau, il faut intervenir sur les murs qui sont prêts à s’effondrer. Pour financer cette intervention des conseillers proposent de vendre un bout de chemin inutilisé, soit environ soixante mètres carrés, entre la « caraïrole » et le chemin de Corbières.

L’ordre de réparation tarde à être donnée par le maire. A bout de patience le curé Jean Pierre Laborgne prend l’initiative de faire effectuer les travaux.

Le 21 mai 1871 par l'intermédiaire du Préfet il demande le remboursement des cent cinquante francs avancés pour payer les ouvriers. Le Conseil Municipal n’apprécie pas cette démarche qui cherche à court-circuiter. Il refuse de régler la facture. Il considère « que M. le curé nourrit et entretien un cheval. Que c'est plus pour son utilité privée et son agrément, que pour les besoins de l'annexe qu'il dessert, qu'il a aménagé la grange en écurie »

 
A la décharge du maire il faut se rappeler que depuis 1852 la commune fait de gros efforts pour financer la restauration de l'église qui est en très mauvais état. Le toit menace de s'écrouler. Un premier devis de deux mille neuf francs  à du être majoré de mille francs en 1860. Les subventions demandées au Préfet n'ont pas été accordées. Alors les conseillers ne peuvent qu’être excédé par des demandes qui lui paraissent moins urgentes. Ils ont le sentiment qu'on veut leur forcer la main
 
Une guerre s’engage entre le curé et la municipalité. Sur de son droit M. Laborgne souhaite lancer de nouveaux travaux. Maintenant il veut rénover le presbytère. Une pétition est lancée en mars 1872 par des paroissiens. Ignorant la municipalité  elle est adressée directement au Préfet.  Elle est transmise pour avis en au maire Jean-Louis Fabre qui la présente aux conseillers :
« Ils considèrent qu'une réparation majeure et même indispensable est à faire rapidement au presbytère. Ils disent que la commune n'a d'autres ressources qu'une imposition extraordinaire...
Afin de l'éviter ils demandent le partage des biens ruraux communaux, sous prétexte que ces biens ne rapportent rien à la commune et que les autorités locales seules profitent des revenus de ces terrains".
Cette dernière remarque, un brin polémique, vise le maire. Il bénéficie en effet depuis 1860 d’un bail reconductible portant sur neuf hectares de terre aux communaux de la Serre et du Bac. Il avait obtenu ce fermage lors d'enchères publiques, très disputées, organisées par Maître Bosc notaire. Il avait emporté l’affaire au dixième feu. Le bail lui avait été accordé moyennant une redevance annuelle de cent francs
Les conseillers rejettent les propositions des pétitionnaires. Ils mettent en avant le fait que la portion revenant à chacun des cinquante-deux citoyens de Tréziers, susceptibles de participer à ce démembrement, ne dépasserait pas vingt-huit ares. Les frais de publication et d’enregistrement coûteraient la moitié de la valeur des biens.
 
Une nouvelle pétition est examinée par le conseil municipal le 26 mai 1872. Elle est téléguidée de toute évidence par le curé. Elle vise à faire diriger l'école publique communale par des religieuses. Jean Louis Fabre la présente :
 
Pétition présentée par des chefs de famille ayant des enfants en âge de fréquenter l'école. Ils affirment que tous les habitants de la commune partagent les mêmes désirs, qu'ils ont déjà adressés de vive voix au maire :
 
Il est de toute justice que les pères de famille aient la liberté de faire élever leurs enfants par les instituteurs de leur choix pourvu qu'ils soient reconnus par l'Etat.
Depuis dix huit ans Tréziers est en quelque sorte privé d'instruction primaire par suite des malheurs qui sont survenus aux titulaires. Néanmoins la commune a toujours supporté avec patience cet état de fait. Après la mort du sieur Bastide en décembre 1870 les enfants de la commune furent pendant dix mois privés d'instituteur
Les pétitionnaires disent que les  sœurs de Saint-Joseph de Tarbes, implantées depuis plusieurs années à Belloc et à Camon, comme institutrices, y ont fait le plus grand bien et y ont formé des élèves. Que  ces mêmes sœurs dans l'intervalle des classes se font le pieux devoir de visiter et de soigner gratuitement les malades de la commune.
Que ces sœurs, par la confiance qu'elles inspirent aux populations, obtiennent qu'un plus grand nombre d'enfants fréquentent l'école et que les bienfaits de l'instruction soient mieux répandus dans les familles.
 
Vu la promesse, faite à M. le Curé par les supérieurs des sœurs de Saint-Joseph, d'envoyer une de leurs sœurs aussitôt que la commune sera autorisée à les recevoir à titre d'institutrice communale.
 
Vu les déclarations faites par les habitants de Mallematte, La Fouiche et d'Ennaude proposant d'envoyer leurs enfants à l'école de Tréziers si la commune possédait ces sœurs.
 
De plus, dans ce cas les habitants de Corbières qui est desservie par M. le curé de Tréziers et qui n’ont jamais eu d'instituteur enverraient plusieurs enfants à l'école.
Les pétitionnaires exigent que le conseil municipal demande à M. le Préfet que la commune soit autorisée à faire diriger par les sœurs de Saint-Joseph l'école publique qu'elle possède »
 
Cette demande n'aboutira pas.
 
Escarmouche après escarmouche la lutte va s'aggraver entre cléricaux et anticléricaux. Jamais à court de provocations, le curé, M. Laborgne, va faire l'unanimité du conseil contre lui. La municipalité demande son remplacement à l'évêque.
 

Le 21 février 1875 le Maire expose que « l'autorité diocésaine en considération de la démarche prise le 28 novembre dernier avait donné satisfaction à la commune en remplaçant M. Laborgne par M. le curé de la Malegréde qui devait venir officier le premier dimanche de Carême. Voyant qu'il n'en est rien et que M. le Curé Laborgne ne dit ni la messe des âmes le lundi, ni ne fait les instructions (le catéchisme) le mercredi et le vendredi comme dans les communes voisines, cette situation surexcite l'exaspération de mes administrés »

Il invite le conseil à délibérer. Il est décidé : « Le conseil demande à l'autorité diocésaine de donner suite au changement de M. Laborgne. Car il a totalement perdu la confiance de ses paroissiens. Si un changement n'a pas lieu dans la huitaine, c'est à dire avant le premier mars, le conseil décide à l'unanimité, qu'il se transportera au presbytère pour mettre tous les meubles qui sont déjà emballés dans la rue. Pour éviter de pareilles misères veuillez le changer immédiatement et sans délais » 

Toutes les réclamations de l'abbé Laborgne n'étaient pas infondées. Pour preuve, après son départ, le 21 mars 1875 le Conseil Municipal examine les travaux à entreprendre au presbytère. « Il faut réparer la cuisine, les chambres, la toiture qui se trouvent dans un état de délabrement complet » Cela représente trois cents francs. Pour financer ces travaux on prendra deux cents francs sur le salaire du garde champêtre et on demandera un secours de cent francs au Préfet.

 
 
 
 
 

ISSN : 1626-0139 

23/11/2010

 

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