SOURCES ET RUISSEAUX

 
 
Le sous sol du village de Tréziers ne posséde pas de nappe phréatique en mesure d’alimenter durablement des puits . Il est composé de bancs gréseux irréguliers et de marnes compactes. Les couches les plus argileuses arrêtent les eaux d’infiltration. C’est en hiver et au printemps, lorsque les pluies ont été abondantes, que de petites sources sont alimentées.

Pour les habitants de Tréziers ses sources étaient  des dons du ciel. On ne peut s’empêcher de penser à la Provence de Giono ou de Pagnol. Soigneusement entretenues, elles avaient chacune leur nom. La toponymie garde encore leur empreinte. Il y a peu d’années la plupart étaient connues et utilisée par les anciens du village.

Il est possible d’en faire l’inventaire à partir des reconnaissances seigneuriales(1) Elles sont l'ancêtre de nos matrices cadastrales. Dans ces documents, les parcelles étaient définies en citant les biens limitrophes. Souvent aussi étaient mentionnés les noms des éléments topographiques proches : chemins, ruisseaux, points d’eau. En cela elles sont  une mine d’informations. Elles nous permettent d’identifier une dizaine de sources. En occitan c’était les founts.

 
FOUNT DEL PRAT
L’une des plus profitables était la Fount del Prat qui coule à trois cents mètres à l’est du village On peut deviner sa présence à proximité du lieu appelé anciennement « La Borde d’En Franc ». Avec les vicissitudes du temps ce nom à été associé à d’autres terres plus à l’ouest.
Dans les reconnaissances de 1759 ainsi que dans le premier cadastre levé en mai 1924(2) on l’attribuait ce toponyme aux champs qui bordaient cette source. Il y a bien longtemps une « borde » devait être bâtie à proximité. Toute trace de construction de la Borde d’En Franc, l’on dirait aujourd’hui la ferme de la famille Franc, a disparu depuis bien longtemps. Les matériaux ont du être réemployés. De nombreux tas de pierres dans cette zone ont servi à construire des garennes.
Le patronyme Franc n’est plus présent dans la communauté de Tréziers depuis plusieurs siècles. Les derniers représentants de cette vieille famille sont Guillaume et Philippe Franc qui vécurent au début du dix neuvième siècle.
Un ouvrage hydraulique en partie souterrain avait été aménagé pour amener l’eau de la source au plus prés du village à proximité du Puits de Perry. Dans les années 1950 j'ai vu des "corvées de la commune" intervenir sur l'ouvrage qui courrait en contre bas du talus. On peut deviner encore, en contrebas du puits de Perry, les restes d’un petit bassin ceinturé de lauzes retaillées, la « piale », où l’on faisait boire les bœufs.
 
FOUNT DEL LOUP
Le filet d’eau de la Fount del Loup naît à l’ouest de l’ancienne métairie d’Autajou. Il alimente un ruisseau qu’on appelait alors Rec Mayrol. Grossi de plusieurs autres petits recs il forme la Boulzane. On devine que par « mayrol » il faut comprendre la mère, la racine principale du ruisseau.
C'est peut être la même nappe souterraine qui suinte à la Fount de Marquet  à l’est d’Autajou  ainsi qu'au nord du lieu dit la Mouillère. Marquet est un diminutif de Marc. A proximité se trauvait la métairie de Gabaussa, aujourd’hui disparue. Elle profitait de ce point d’eau.
 
FOUNT DE BONNERY
La Fount de Bonnery coule près du lieu dit Bonnery non loin de l’ancien hameau de La Faure. C’est l’une des multiples sources alimentant le ruisseau de l’Argadil affluent de l'Hers.
 
 FOUNT DE PEYRE
La Fount de Peyre est à proximité du confluent du ruisseau de Pujados et du ruisseau du Bacounié. Peyre est Pierre, en occitan.
 
FONTAINE DE L'ESPAGNOL

Le long cheminement des eaux souterraines est plein de mystères. C’est bien connu, leur jaillissement est souvent capricieux. Une saison, venant d’on ne sait où, un mince filet suinte dans un contrebas. Au printemps suivant il n’est pas au rendez-vous, parti pour un autre voyage. Il fallait le flair du sourcier avec sa baguette de coudrier et le savoir faire du puisatier pour les apprivoiser.

La Font Nouvelle, contiguë d’En Daude (devenu Enaude) alimentait le hameau de l’Espagnol. On la qualifiait de « Fount nouvelle » au milieu du 18éme siècle. Cela permet de penser qu’auparavant les habitants du hameau utilisaient d’autres points d’eau.

Une des petites sources utilisée jadis par les habitants de l’Espagnol est visible, au sud du hameau, lorsque l’on passe le ruisseau. A gauche, au milieu du talus un filet d’eau jaillit au printemps. Beaucoup de ces fontaines se tarissaient dés qu’arrivaient les beaux jours. La Fount Nouvelle était la dernière à laisser sourdre un mince filet d’eau. Puis au plus fort de l’été son griffon restait désespérément sec. Alors les habitants du hameau devaient aller puiser l’eau à La Pauletto, un trou d’eau fraîche, dans le ruisseau des Pujados à prés d’un kilomètre.

 

LES RUISSEAUX

L'ARGARIL
L'Argaril naît, en partie sur le territoire de Corbières, de la réunion de modestes petits ruisseaux. Le plus long, le ruisseau de la Paulette et celui del Portel viennent du pech de Balaguier; le ruisseau du Bousquet passe sous la métairie de Laillet ainsi que celui de Fount Frêche,, le ruisseau des Bessous (ou Tessous) vient de vers La Leude(3). Plus bas Largadil reçoit, les  recs de l'Azerou, du Bacounié, du Vialas, de Las Vignos. La partie terminale, en son confluent avec l'Hers, s'appelait la Gadeille (1760) Ce nom viendrait de l’occitan « ga » ou « gua » le gué. On donnait son nom aux parcelles qui le bordaient face à Mallemate.
 

Pönt de l'Argadil

 
 
LA BOULZANNE
La Boulzanne : ce nom, à l’origine, désignait le ruisseau qui coule au nord de la butte de Tréziers.
Depuis au moins un siècle Il est donné à un groupe de parcelles. On dit, la cote de Boulzanne, à l’entrée ouest du village. Ce toponyme est d’origine vraisemblablement préceltique. Pour sa partie médiane il est appelé rec du Cazal par les habitants de Tréziers, et rec de Tréziers par les habitants du Cazal des Faures. Seule la partie terminale reçoit le nom de Boulzanne. Il est formé par la réunion de plusieurs petits affluents le plus souvent à sec. Il reçoit venant du village de Tréziers le Requet (le petit ruisseau). La partie au nord d'Autajou était appelée « Rec Mayrol », le ruisseau mère.
 

Pont de la voie verte sur la Boulzanne

 
SOURCES :
(1) Reconnaissances de la communauté de Tréziers S1
(2)Atlas Cadastral de la commune de Tréziers, 1G4
(3)Cadastre Napoléon Corbières, PW8850 archives Aude
 
 

 ISSN : 1626-0139 
 

28/11/2012

 
mail to : faure.robert@wanadoo.fr
 

Retour Accueil