jadis l'illetrisme a treziers

LES TEMPS ANCIENS - L'ILLETTRISME
 

 

 

C’est à partir de l’année 1674 que le recteur Granier, curé de la paroisse Saint-Martin de Tréziers, demande aux témoins des mariages de signer le registre s’ils s’en sentent capables.

Sur une période de huit ans, j'ai dénombré vingt cinq signatures au bas de l’acte. L’un des témoins trace une croix. Trois portent une figure, triangle ou un carré. Trois gribouillent un paraphe. Cinq indiquent leurs seules initiales. Seulement treize  témoins possèdent une signature digne de ce nom. Dans ce dernier groupe, plus éduqué, deux griffonnent laborieusement leur patronyme. Six arrivent à calligraphier leur nom correctement, mais avec un brin d’hésitation. Cinq seulement maîtrisent réellement l’écriture. Pour deux d’entre eux, elle est même plutôt sophistiquée.
Ce décompte conduit à penser que la maîtrise de l’écrit n’est acquise que par une demi-douzaine de personnes. A noter que les témoins sont tous majeurs et que ce sont exclusivement des hommes.
En cette fin de dix-septième siècle, la communauté de Tréziers est composée de soixante deux feux. En y joignant ceux dépendant de la  communauté du Cazal des Faures, la paroisse compte au moins trois cents âmes.

Dans le meilleur des cas, seulement cinq à sept pour cent des hommes se sentaient capables de tenir une plume. J’estime que la pratique, même rudimentaire, de l’écriture concerne bien moins de trois pour cent de la population.

 

 

En 1743 le Révérend Montsarrat est nommé à la tête de la paroisse. Comme son prédécesseur, lors des bénédictions nuptiales, il fait émarger le registre paroissial. Quand le témoin est incapable de signer, le curé annote l’acte en conséquence.

En 1743, lorsque quatre personnes signent de leur nom, trente et une autres se disent ne pas savoir. Les témoins sont tous des hommes. Seulement le vingtième de la population sait signer. 

Un peu plus tard dans le siècle un nouveau décompte sur huit ans (1770-1778) met en évidence que seulement neuf personnes signent leur nom. La population du village a largement décru. La communauté de Tréziers ne réunit que quarante sept feux, soit environ deux cent dix habitants. Moins de deux pour cent d’entre eux sont capables d’écrire.

La modestie de ce chiffre est confirmée par l’examen du registre des délibérations du conseil municipal de la commune de Tréziers. Il a été tenu à partir du 16 juin 1800 (30 prairial an III)

Les émargements des participants à une assemblée de 1823 sont sans équivoque. Aux membres du conseil municipal s’étaient joints les plus citoyens les plus imposés de la commune. Tous étaient nés dans la deuxième partie du dix-huitième siècle. Or, sur quinze, seulement cinq savaient signer.

Il n’y avait que trois membres du conseil municipal. En tête le maire Etienne Calvel, forgeron de son état, qui était le rédacteur du compte-rendu. Il appartenait à une vieille famille de forgerons présente à Tréziers depuis plus d’un siècle. Il avait une pratique bien maîtrisée de l’écriture.

Le deuxième était le conseiller Jean Baptiste Sérié. Il était né en 1791 à Tréziers dans une famille aisée. Son grand-père se qualifiait de bourgeois. Il exerçait la profession de menuisier. Sa signature était aussi, bien maîtrisée.

Le troisième était le conseiller Bernard Planet. Il était, lui aussi, né à Tréziers en 1763. Il avait quelques difficultés à former les lettres de son nom. Cela tenait, peut être, à son âge, c'était le doyen de l'assemblée.

Les deux derniers faisaient partie des contribuables les plus imposés. Il y avait Pierre Maillenc-Espert, fils adoptif de Bernard Espert. Propriétaire du château de Tréziers dont il avait hérité en 1815. Il avait un paraphe assez élégant.

Le dernier à signer, Augustin Bloy était tisserand. Il n’était pas originaire de Tréziers. Il y résidait pour y avoir épousé une fille du village, Françoise Roussel, dont il était veuf. Les dix autres participants se déclaraient illettrés. Il s’agissait de cinq conseillers et de cinq des contribuables les plus imposés de la commune.

 
 

En résumé, au début du 19ème siècle, si l'on exclut le curé, les habitants de Tréziers sachant écrire se comptaient sur les doigts d'une main.

 
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ISSN : 1626-0139

 

.03/08/2009

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