les debuts de l'ecole communale

LES DEBUTS DE L'ECOLE COMMUNALE

 

 

Au début du dix-neuvième siècle, passées les tourmentes révolutionnaires et les guerres de l'Empire, l'enseignement en France se trouvait profondément délabré.

Avant, dans le diocèse de Mirepoix, ce service dépendait exclusivement de l’évêque qui mettait en place les moyens pour l’assurer. Les décisions des autorités révolutionnaires vont confisquer ce pouvoir et désorganiser les structures. La République saisit, puis mit en vente, les biens de l’Eglise. Parmi cet immense patrimoine, dont une bonne part était tenue par des  congrégations religieuses, se trouvaient beaucoup d’édifices qui servaient à l’enseignement. Lorsqu’ils furent vendus, dans bien des localités, comme à Tréziers, cela posa problème. Où recevrait-on les enfants ? Qui serait chargé de l’instruction ?

 La Convention promulgua la Loi du 29 frimaire an II (12/12/1793) Elle prescrivait que l’école soit gratuite et obligatoire pour les enfants de six à huit ans. L’enseignement était libre. Quiconque pouvait ouvrir une école. Toutefois les maîtres étaient placés sous la surveillance des municipalités. Ils devaient prêter serment. Leur salaire fut fixé à vingt livres par an et par élève. Le programme scolaire comprenait l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des premières règles de l’arithmétique. Ce projet était généreux. Hélas les directives ne purent être appliquées faute d’argent pour les financer. Pour mémoire, seulement trente deux districts sur cinq cent cinquante sept ouvriront les écoles prévues, soit moins de six pour cent...

 Quelques mois plus tard, une nouvelle loi le 27 brumaire an III supprima l’obligation scolaire. La République avait d’autres priorités. Les autorités se bornèrent à recommander une école pour mille habitants. Un an plus tard, les caisses étant vides, on ne paya plus le traitement des instituteurs. Seule garantie pour les instituteurs : l’obligation de les loger laissée à la charge des municipalités.

Ces modestes améliorations n’intéressaient que les villes. Les populations rurales, elles, étaient ignorées, abandonnées à l’illettrisme ou au bon vouloir des curés. Grand réformateur en bien des domaines, Napoléon ne s’intéressera pas davantage à l’enseignement primaire. 

Au début du dix neuvième siècle l'ignorance règne largement dans les campagnes. La population rurale, qui constitue pourtant la part la plus importante du pays, ne reçoit pas d'instruction.

C’est la monarchie, de retour, qui dès la fin de 1816 promulguera une Loi qui oblige les communes à assurer l'enseignement primaire. Elle ne semble pas avoir eu grand effet. Dans beaucoup de villages il faudra attendre bien des années avant qu’elle soit pleinement appliquée.

 En dépit de cet environnement défavorable, à Tréziers, une école a fonctionné de façon plus ou moins sporadique dés le début du siècle. Quelques enfants ont pu apprendre à lire et écrire. On ne dispose que de maigres preuves sur son activité. On sait que dans sa maison du curé, l’abbé Jean Baptiste Bergé, disposait d’une salle de classe. Celle là même qui était utilisée avant la révolution. Elle a continué à accueillir de jeunes élèves. Autre indice signalant la présence d’enseignants : on rencontre assez souvent comme témoin, dans les actes de l’état civil de 1802 à 1822, Antoine Bosc, ancien capitaine, qui se déclarait instituteur à Tréziers.

 Avant de s'effacer devant Louis Philippe, Charles X avait fait publier le 04 février 1830 une dernière ordonnance royale. Elle demandait une nouvelle fois la mise en place dans chaque commune d'une école primaire « afin de procurer des moyens suffisants aux habitants des campagnes »

 A ce propos le 03 mai 1830 le conseil municipal de Trèziers, présidé par le maire Pierre Maillenc Espert, examine les instructions reçues de l’Administration. Le Préfet exige l'application de cette ordonnance. Le conseil municipal, au prétexte qu'il n'a pas fini de payer la maison presbytérale, se déclare incapable de contribuer à l’entretien d'un instituteur dans le village. Cet argument semble un brin fallacieux, puisque le remboursement de la dette devait s'éteindre en fin d’année.

La raison cette position était autre. Les années précédentes la commune avait été contrainte de prendre à sa charge une partie du traitement du curé et à lui fournir un logement. Cela pesait lourdement sur les finances locales.

 Le maire va recruter un instituteur. C’est un tout jeune homme du village, Louis Carrié. Il a moins de vingt ans. Il est issu d'une vieille famille du village. Bon catholique, il ne peut que plaire au curé qui garde la mainmise sur l'enseignement.

Hélas, de santé précaire, il tombe malade. Le 8 septembre 1832 il dicte son testament. Il n’arrive plus à utiliser la main droite pour signer. Il est trop faible. Dans ses dernières volontés il demande à ses frères de faire dire, après sa mort, cinquante messes de Requiem, trente messes basses et vingt messes hautes.

 Bon an mal an l'école primaire fonctionna, malgré les réticences de la municipalité qui renâclait à la financer. En 1834 elle lui coûta deux cent cinquante francs. Deux cents francs pour le salaire de l'instituteur et cinquante francs pour la location du lieu servant de salle de classe.

L'école n'était pas gratuite. Les familles étaient mises à contribution. Elles devaient acquitter un tribut au maître d’école. Il dépendait de la prestation fournie.

Il existait trois niveaux tarifaires, ou classes. Le paiement était mensuel. Pour la première classe, où l’on apprenait seulement à lire, il était demandé cinquante centimes. Avec la deuxième classe, les enfants apprenaient en plus à écrire. Elle coûtait soixante-quinze centimes. Pour un franc de plus, dans la troisième classe, ils étaient initiés au calcul.

 Un nouveau maître d'école, Marc Viguier, fut accueilli par le maire Pierre Maillenc Espert le lundi 20 avril 1835. Il était originaire de Puivert. Il avait vingt-neuf ans. Il remit au maire l’attestation de capacité aux fonctions d'instituteur primaire. Elle lui avait été délivrée en 1835 par la commission des examens de Limoux. C'était, semble-t-il, son premier poste. Il présenta en outre un certificat de moralité contresigné par trois conseillers municipaux de Puivert. Le vendredi suivant sa candidature fut présentée au Conseil Municipal qui l'accepta. Il fut nommé aussitôt.

La fréquentation de l'école était très faible. Aussi, les revenus du maître, qui en dépendaient, étaient bien minces. Ils ne devaient pas dépasser trois cents francs par an. Marc Viguier peu satisfait de ses revenus chercha rapidement à quitter Tréziers pour trouver ailleurs un poste plus rémunérateur. Il partit exercer à Peyrefitte du Razès

Le 12 mars 1837 il fut remplacé par Jean Juste Dieudé, âgé de trente-sept ans, originaire de Mirepoix. Il produit un certificat de moralité délivré par le maire de Camon. Lui aussi va très vite se décourager. Il ne pouvait vivre avec le maigre revenu de l’école. Il va démissionner au bout de deux ans.

Il est remplacé Jacques Albert, âgé de cinquante huit ans, originaire de Ferrières dans le Tarn.  Ce dernier restera en place pendant une douzaine d’années.

 L'école communale était peu fréquentée. C'est que, pour la majorité des familles, l'instruction des enfants n’était pas une priorité. Elle leur paraissait hors de portée.

Sans aucun doute, la cause était d’abord d'ordre économique. La participation demandée se révélait vite dissuasive pour les familles, dans la mesure où leur progéniture était souvent nombreuse. Presque toujours, c’était seulement l’aîné de la maisonnée qui rejoignait l’école.  

La majorité des familles étaient très pauvres. Peu d'argent circulait. On vivait en autarcie. Comment alors disposer de l'argent nécessaire pour payer le maître ? Cela représentait bien des journées de travail.

Autre raison, les enfants étaient une main d'œuvre très appréciée. Ils aidaient aux travaux des champs et aux taches ménagères.

Le compte rendu du Conseil Municipal du 1er octobre 1837 est fort instructif à cet égard. Octobre, c’est précisément le mois des vendanges. Les vignes à cette époque constituaient une part importante de l'activité du village. Beaucoup de main d'œuvre était nécessaire pour la cueillette du raisin.

Les conseillers interpellèrent le maire. Ils lui rappelèrent que les parents avaient besoin des enfants pour les travaux des champs. Lorsque le travail pressait, il n'était absolument pas possible de les envoyer à l'école. Ils présentèrent une motion qui se voulait généreuse. Ils proposaient d'accorder chaque année, un mois de vacances à l'instituteur. Ils y mettaient une condition : il devrait prendre quinze jours de congés pendant les moissons et quinze jours pendant les vendanges.

Année après année, lors des réunions consacrées à l'école, les maires se plaignaient de son faible taux de fréquentation. Quelques remèdes furent imaginés. En 1839 le premier mois d'école devint gratuit et les tarifs furent réduits pour les indigents.

En 1840 on voulu diminuer le nombre de classes pour n’avoir que deux classes. L’une accueillait les débutants, l’autre ceux qui écrivaient et calculaient.

Rien n’y fit. En 1841, seulement douze élèves, garçons et filles, fréquentaient l'école. C’était le tiers des enfants d'âge scolaire. Pourtant, au moins vingt familles disposaient de quoi financer l'instruction de leurs enfants, selon le maire Etienne Calvel.

 A partir de 1844 l'école devint gratuite pour les indigents. Deux enfants du village bénéficièrent de cette mesure. L'un appartenait à une famille de cinq enfants, l'autre était de père inconnu. La fréquentation demeura inchangée. Il ne venait que huit garçons et trois filles à l'école. Huit autres garçons et neuf filles en âge scolaire restaient à la maison.

 A quoi pouvait bien ressembler cette école de la première partie du dix-neuvième siècle, dont les maîtres étaient recrutés par le maire ?

Depuis 1793, et le décret Lakanal, elle était théoriquement libre. Tout citoyen avait le droit d'ouvrir une école et d'enseigner, à condition de présenter un certificat de civisme et de bonnes mœurs. Cependant, une fois passée la période de la tourmente révolutionnaire, l'Eglise retrouva son droit de regard sur l’enseignement des enfants. Ce pouvoir lui fut confirmé par les lois Falloux de 1850. Il faudra attendre 1882 et la loi Jules Ferry pour que l'école publique devienne neutre, gratuite et obligatoire.

Dans l'inventaire des titres, registres, documents et autres papiers, effectué par le maire Maillenc Espert le 16 mars 1837 on trouve l’énumération des livres dont disposait l'école primaire.

Le répertoire est bien pauvre. On y trouve: douze alphabets, trois petits catéchismes et une petite arithmétique. C'est, semble-t-il, la même dotation que celle utilisée par le curé de Tréziersz sous l'Ancien Régime.

Cette même année, Jean Bonnery, qui est maire adjoint, informe les conseillers du dénuement de l'école communale. « Elle se trouve totalement sans bancs, tables, tableau noir, ardoise, modèles d'écriture, enfin privée de tout »  Il invite le conseil municipal à voter sans délai une contribution de quatre vingt francs « afin de procurer à l'école ce qui est indispensable pour faire travailler les élèves »

 On l’a vu, la modicité du revenu assuré au maître d'école l’incitait, dés que l'occasion se présentait, à partir vers une commune plus riche.

A partir de 1850 la Loi on va lui garantir un revenu minimum annuel de six cents francs. La contribution directe des familles est bien insuffisante pour obtenir cette somme. Elle avait atteint, avec peine, soixante cinq francs en 1850. Elle était complétée par le traitement fixe de deux cents francs et l’indemnité de logement de cinquante francs tous deux payés par le budget communal L’augmentation, même substantielle, des impôts  locaux ne pouvait suffire. Le conseil se résolut à les augmenter de trois pour cent. Cela portait le traitement à deux cent quarante-huit francs.

Malgré la bonne volonté des élus, on était toujours bien loin du minimum de six cents francs. Seule une prise en charge par l’Etat permettrait de garantir un tel niveau de salaire à l’instituteur.

 Le 03 octobre 1850 le maire Louis Cazal, encore une fois, tout comme l'avaient fait ses prédécesseurs, déplore la faible fréquentation de l'école communale. Il attribuait cette désaffection, il avait certainement raison, à la participation trop élevée demandée aux familles.

Il décida de prendre des mesures radicales. A partir de la rentrée de 1851, l’abonnement serait annuel, au taux unique de six francs. Cela correspondait à une réduction d’un quart pour les élèves débutants et de moitié pour les autres.

L'effet fut immédiat. La collecte doubla en dépit de la baisse du forfait. Le maître se trouva devant un afflux important de nouveaux élèves. Il semble qu’il fut vite débordé, incapable de gérer la situation. Il était d'autant moins disposé à accepter ce surcroît d’activité, que son revenu était maintenant indépendant de la fréquentation de l’école. Très rapidement la qualité de l’enseignement en pâtit.

Les comptes de l’école dévoilent dans les années qui suivirent des variations importantes des rentrées d’argent. Cela témoigne  une instabilité inquiétante des effectifs. De fortes tensions naissent entre les familles et l’instituteur. Certaines n’envoient  plus qu’épisodiquement leurs enfants en classe.

Trois ans plus tard le Conseil Municipal change de politique. Il tente de porter l'abonnement à neuf francs. Aussitôt les familles retirèrent leurs enfants. La rétribution collectée retomba à cinquante-neuf francs, ce qui correspondait à un effectif de six élèves.

Un nouvel instituteur Pierre Bastide fut nommé en 1856. Il était âgé de quarante-cinq ans. Il  restera en poste quatorze ans. Sous sa direction, l'activité de l'école était bien faible, avec seulement une dizaine d'élèves. On revint à des taux de rétribution multiples, modulés en fonction de l'âge. Il devint possible de payer au mois. Toutes ces mesures restèrent sans effet.

Le montant des contributions collectées chuta encore. Seulement vingt-cinq francs en 1868. Le maître était de santé précaire. Souvent malade, il devait laisser la porte de l'école close. Le vendredi 02 décembre 1870 ses voisins, Baptiste et Joseph Monié, sont alertés par son épouse Catherine. Jacques Bastide est mort. Il était âgé de cinquante neuf ans.

 Il faut croire que le poste de maître d'école à Tréziers était toujours aussi peu convoité. Aucun candidat ne se présenta pour le remplacer. Des semaines, des mois passent…

En mai 1872, des chefs de famille, excédés, remettent une pétition au maire Jean Louis Fabre. Ils n’acceptent plus de voir l'école fermée. Cela durait depuis bientôt dix mois. Ils déplorent que suite « aux malheurs survenus aux instituteurs » le village soit pratiquement privé d'instruction primaire depuis dix-huit ans. Quasiment une génération a été sacrifiée à l’illettrisme. Ils proposent de confier l'école à une congrégation religieuse. La pétition énumère tous les avantages attendus : 

« Les  sœurs de Saint-Joseph de Tarbes sont implantées depuis plusieurs années à Belloc et à Camon, comme institutrices. Elles y ont fait le plus grand bien. Elles y ont formé des élèves. Ces sœurs, dans l'intervalle des classes, se font les pieux devoirs de visiter et de soigner gratuitement les malades. Par la confiance qu'elles inspirent aux populations, ces sœurs sont la cause qu'un plus grand nombre d'enfants fréquentent l'école et que les bienfaits de l'instruction sont mieux répandus dans les familles.
- Vu la promesse faite à M. le Curé de la paroisse de Tréziers par les supérieures des sœurs de Saint-Joseph, d'envoyer certaines d’entre elles, aussitôt que la commune sera autorisée à les recevoir, à titre d'institutrice communale

- Vu la déclaration faite par les habitants des hameaux de Mallematte, de La Fouiche et d'Ennaude d'envoyer leurs enfants à l'école de Tréziers, si la commune possédait ces sœurs. - De plus on est assuré que dans ce cas, les habitants de la commune de Corbières, qui est desservie par M. le curé et qui n’ont jamais eu d'instituteur, enverraient plusieurs enfants à l'école.

Il faut que le Conseil Municipal demande à M. le Préfet que la commune soit autorisée à faire diriger son école publique  par les sœurs de Saint-Joseph»

Des élus vont majoritairement soutenir cette demande qui sera transmise à l’administration départementale. Le Préfet de l’Aude la rejettera.

Au printemps 1874 est nommé le jeune Martin Cayrol âgé de vingt deux ans. Il sera remplacé à l’automne 1876 par Jean Louis Calvel âgé de trente cinq ans

 

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ISSN : 1626-0139

.03/08/2009

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