origine du diocese de pamiers

LE DIOCESE DE PAMIERS

 

Le diocèse de Pamiers fut créé un demi siècle après le bûcher de Monségur.

La bulle d'érection fut promulguée le 23 juillet 1295 par le pape Boniface VIII. L'église abbatiale de Saint-Antonin de Frédélas, dédiée à Saint-Martin, qui se trouvait aux portes de Pamiers, fut érigée en cathédrale. 

Parmi les motifs avancés pour créer ce nouvel évêché, il est souvent avancé que l’Eglise cherchait d’abord à résoudre les difficultés rencontrées par l'évêque de Toulouse pour gouverner un territoire aussi vaste.

Dans sa « Chronica » Guillaume de Puylaurens peint l’étal misérable de l’évêché, de Toulouse au temps de l’évêque Fulcran (1179-1201). La dîme qui avait été créée à l’époque carolingienne, afin de pourvoir à l’entretien des églises des curés et des pauvres, avait été usurpée par les féodaux. Dans le diocèse de Toulouse le chapelain en percevait le quart, le restant revenant au seigneur. L’évêque ne recevait rien. Quand il voulait visiter ses paroisses l’évêque était obligé de demander une escorte armée contre rétribution au seigneur de la terre visitée[1]  

Au milieu du douzième siècle l’immensité du diocèse laissé en quasi friche religieuse du fait de la faiblesse de l'église, avait vu la naissance puis le développement de l'hérésie cathare. Au prétexte de la croisade contre les cathares ou albigeois des seigneurs du nord rassemblés derrière Simon de Montfort allaient ravager le pays. En 1229, au terme d’années terribles,  le Traité de Paris est signé. Au nombre des engagements du Comte de Toulouse figure l’obligation de verser et de faire verser les dîmes aux églises et à ne plus permettre qu’elles soient possédées par des chevaliers ou autres laïques. Pourtant la paix est loin d’être installée. Pendant prés d’un demi-siècle les affrontements vont se poursuivre...

Les seigneurs du midi ne se résignent pas à être dépossédés de leurs terres. Ils reprennent la lutte. On les traite de parjures, de faidits.

 Au lendemain de la croisade ils seront vaincus. Au temporel l'Eglise de Toulouse est devenue prospère avec des revenus assurés. Mais les idées cathares restent vivaces dans le pays. Réduire la surface du diocèse de Toulouse en fractionnant son territoire pour en créer de nouveaux ne peut que permettre de renforcer la présence de l’Eglise Romaine. Plus prés de ses ouailles l’évêque sera en mesure de mener plus efficacement la lutte contre l’hérésie.

Les interrogatoires de Jacques Fournier évêque de Pamiers qui se sont déroulés de 1318 à 1325 nous ont laissé des témoignages irremplaçables sur cette mission. Ils sont précieux pour connaître dans le détail l’action de l’inquisition dans la région. Jacques Fournier devint pape sous le nom de Benoît XII (1334-1342).
 

 

Autre argument d'importance à prendre en compte, la richesse et donc la puissance des évêques de Toulouse. Avec la reprise en main du pays la collecte des revenus de l'Eglise est maintenant assurée. Ils ont considérablement augmenté. Le siège épiscopal de Toulouse devient l'objet de toutes les convoitises. On voit à sa tête de grands seigneurs appartenant à de puissantes familles, avant tout préoccupés de pouvoir temporel et de privilèges. Le Saint Siége déplore cette situation.

Cette perception forcément négative persistera bien après le démembrement du diocèse. En 1317 le pape Jean XXII se plaindra encore : « biens que les revenus de cet évêché soient immenses, de mémoire d'homme on n’a jamais songé à en consacrer le superflus à l'accroissement du culte divin »[2]

Il est vraisemblable que le pape souhaitait aussi limiter la richesse et donc la puissance de l'évêque de Toulouse.

 Rome voulait également confirmer les prérogatives de l'Eglise face aux appétits de la société civile, Roi de France et grands seigneurs. Nous allons voir, à Pamiers,  le Pape se heurter à Philippe le Bel.

Lorsque en 1297 ce diocèse est créé à l’initiative de Rome, Bernard Saisset abbé de Saint Antonin de Frédélas, est élu par le chapitre, avec son appui. Il est le premier évêque de Pamiers.

Les limites du diocèse sont fixées le 18 avril 1296 par des représentants du pape réunis dans l'abbaye de Prouille prés de Fanjeaux. Près de trois cent cinquante paroisses soustraites à l'évêché de Toulouse lui furent attribuées.

Pour la partie qui nous concerne la délimitation n'est guère précise. Le territoire s'avançait au Nord jusqu'à La Pomaréde au pied de la Montagne noire. De là, il allait vers Castelnaudary et Villemagne, suivait la ligne de partage des eaux, jusqu'à rejoindre les limites des diocèses de Carcassonne, Narbonne et Urgell.. (…sicut ipse dyocesis appamiensis protenditur usque ad fines dyocesis Carcassonnensis, Narbonnensis  et etiam Urgellensis…)[3]

 Alphonse de Poitiers comte de Toulouse et son épouse Jeanne étaient morts sans descendants. C’était la fin de la lignée toulousaine. Le Comté fut rattaché au domaine royal. Le Roi de France, Philippe le Bel, jaloux de ses prérogatives, n’entendait pas y partager son pouvoir avec quiconque.

C’est donc avec courroux qu’il vit le pape Boniface VIII prendre l’initiative de créer, sans son accord, ce nouvel évêché sur les terres récemment acquises à sa couronne. Immédiatement, était-ce un prétexte, il chercha avec ses conseillers à s’affranchir de la tutelle de l’Eglise pour imposer l’indépendance absolue de l’Etat. L’occasion était belle. Il s’en prit à l’évêque de Pamiers. Il l’accusa de comploter pour détacher les terres du midi du Royaume de France. Des propositions allant en ce sens auraient été faites au Comte de Foix. Les envoyés du Roi pénétrèrent de force dans l’évêché. Des collaborateurs de l’évêque furent torturés pour obtenir des preuves de la félonie. Ses biens furent au même prétexte confisqués. On l’obligea à comparaître malgré son age devant le Roi à Paris. Les conseillers de Philippe le Bel le pressaient de le jeter dans un cachot, bien qu’il soit un clerc, donc hors de portée de la justice royale. Il se contenta de le remettre à l’archevêque de Narbonne pour qu’il soit enfermé. Les conditions de détentions furent âprement négociées. A partir de cet acte un engrenage infernal de disputes était lancé. La lutte entre le Roi et le Pape atteint des paroxysmes. S’enchaînèrent, conciles, bulle Ausculta fili demandant au Roi de France de comparaître, bulle brûlée par le Roi, bulle d’excommunication interceptée et détruite par le hommes du Roi, nouvelle bulle d’excommunication Petrisolio excelso…Des invectives on passa aux violences physiques. Le pape courut se réfugier dans son château d’Agnani. Poursuivi par ses opposants il subit de tels outrages qu’il en mourut.

Philippe le Bel avait atteint son but. Après la disparition de Boniface VIII  l’indépendance de la Couronne de France était assurée.

Le nouveau pape Benoît XI moins intransigeant calma le jeu. Les relations avec le Roi de France s’apaisèrent. Bernard Saisset repris possession de son siège et ne fut plus inquiété. Il mourut en 1314 âgé soixante dix neuf ans.

 Le diocèse de Pamiers ne gardera cette configuration qu'une vingtaine d'années. La papauté continua sa politique d'érection de nouveaux diocèses. Avec la mise en place d'évêques à Saint-Papoul prés de Castelnaudary et à Mirepoix, les limites de Pamiers furent largement repoussées vers l'ouest. Il ne compta alors qu’une centaine de paroisses.

Le siége épiscopal sera transféré dans la ville de Pamiers après la destruction de l'abbaye Saint-Antonin en 1493 lors des guerres de succession du comté de Foix. L'église du Marcadal deviendra cathédrale

 
(1) Guillaume de Puylaurens (traduction Jean Duvernoy), p49, Le Pérégrinateur, Toulouse, 1996
[2] Le livre du Prévôt de Toulouse, Douais Célestin, Paris, 1887
[3] Annales de Pamiers, Pièces Justificatives (II), J.M. de Lahondes, Privat, 1882, Toulouse
 
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ISSN : 1626-0139

 

23/07/2009

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