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LES ORIGINES DE LA PAROISSE

 

Il n'existe pas de documents actant la création de la paroisse. Les archives anciennes du diocèse de Toulouse ont disparu dans l'incendie de 1609.

J'ai recueilli quelques récits véhiculés par la tradition populaire. Ils racontent que la paroisse de Saint Martin de Tréziers aurait été créée peu après celle de Saint Martin de Roumengoux.

L'église paroissiale de Saint Martin de Roumengoux était bâtie sur une petite terrasse de la rive gauche de l'Hers qui domine un rétrécissement de la vallée. C'est le site du cimetière de l’actuelle commune de Roumengoux. Tout en bas du cimetière on peut voir encore les ruines d’une petite chapelle. Elle figurait sur la carte Cassini levée au 18éme siècle comme chapelle sous le nom de St Martin. Elle n'est plus que décombres depuis longtemps Dans l'édition de 1893 de la carte d'Etat Major il était porté : « Eglise de Saint Martin ruinée » [1]

Elle aurait du accueillir les populations installées des deux cotés de la vallée. En ces lointaines époques il n’y avait pas de villages tels que nous les connaissons l’habitat était dispersé. Il y avait des cazals qui deviendront des hameaux, des métairies ou bordes.
Hélas les eaux de la rivière de l'Hers, capricieuses et fortes une bonne partie de l'année, faisaient obstacle à la bonne fréquentation de l’église par les habitants de l'autre rive. Il existait seulement un gué. Plus tard, lorsque le moulin fut construit avec sa jetée une barque, en amont sur la retenue (la paychére), permit de joindre les deux rives. Néanmoins en hiver et au printemps lorsque la rivière grossissait la traversée restait périlleuse, si ce n'est impossible Passer l’Hers était donc une contrainte inacceptable pour les communautés de la rive droite. Elles demandèrent à construire une église sur leur rive, de l'autre coté de l'Hers.

Là serait l'origine de la paroisse de Saint-Martin derrière l'Hers. En vieil occitan, la langue romane, on disait : « san marti tras i ers » Avec l'usure du temps cela devint Saint-Martin de Tréziers.

Il n'est pas possible de dater avec précision la création des deux paroisses faute de documents écrits. On peut néanmoins tenter d'estimer la période la plus probable. Le vocable, le saint patron, sous lequel est placée une église est considéré comme un indicateur pertinent de son ancienneté. Dans notre région l’on trouve comme saint tutélaire pour les plus anciennes églises ou chapelles les premiers martyrs de l'Eglise et les apôtres : Pierre, Jean, André[2]

Dans nombre de régions en France des édifices cultuels sont placés sous la protection de Saint Martin, l’évangélisateur de la Gaule. Ils sont singulièrement nombreux en Normandie, dans le Nord et dans le Berry, beaucoup moins dans notre région. C'est de grands mouvements religieux qui les ont établis.

Les historiens reconnaissent trois grandes époques où saint Martin fut tout spécialement vénéré [3]

Le sixième siècle est la première. Il consacre la ferveur des pèlerinages sur la tombe du saint. Le concile d'Orléans en 511 qualifie Tours de « pèlerinage de la Gaule tout entière »

La deuxième fut la période carolingienne. Charlemagne étend le culte de saint Martin « à titre officiel » à tout son empire. Une nouvelle série de conciles stigmatise les cultes païens qui persistent dans les campagnes. Saint Martin est donné comme modèle à imiter en raison de sa lutte acharnée contre les idoles. Il sert de référence pour conduire la christianisation. Saint Martin devient un héros populaire.

La troisième qui court du  onzième au douzième siècle voit à nouveau un grand essor des pèlerinages. Le culte du saint s'étend dans les campagnes. Les populations sont avant tout attirées par les miracles du saint. C'est surtout à cette époque que des chapelles sont construites auprès de sources, rochers, cours d'eaux prenant la place d'anciens cultes à des divinités. 

Laquelle de ces époques a-t-elle pu voir l’édification de Saint-Martin de Tréziers ? Nous allons examiner quand l’environnement religieux et politique a pu être le plus favorable.

Lors de la première période, au sixième et septième siècle, les Wisigoths qui occupaient la région depuis 418 sont chassés de Toulouse. Ils font de Narbonne leur capitale (533). Carcassonne sous leur influence est érigée en évêché (660). Les évêques de Toulouse ne dépendent plus de la province de Narbonne. Ils sont rattachés à l’archevêché de Bourges. Cette période très troublée, qui voit dans notre région devenue frontière des affrontements entre Francs et Wisigoths, semble peu propice à la création de la paroisse

La deuxième période qui est carolingienne, voit la libération de la Septimanie occupée par les Maures. En 759 Narbonne est reprise par Pépin le Bref fils de Charles Martel. La conquête est poursuivie par son fils Charles le Grand dit Charlemagne. Ces occupations de territoires sont complétées par la fondation de monastères. Le 19 janvier 779, année qui suit le désastre de Roncevaux, l’abbaye de la Grâce (Lagrasse) est établie. Elle a un rôle de sentinelle. De par sa dépendance à l’Empereur,  puis à ses descendants, elle sera un point d’appui pour l’action des Rois de France [4] En 943 le monastère de Camon et ses biens sont remis par Simplicius et ses deux frères à l’abbaye de la Grâce. Dans la liste des dons figurent : Saint-Pierre de la Bouiche, Sonnac, Cavannac, Montengrand[5] .
Il n’y a aucune église dédiée à Saint-Martin. Il y a quatre Sainte-Marie, deux Saint-André, un Saint-Pierre, un Saint-Jean et un « Sancti Audolini » . Nous ne retiendrons pas davantage cette époque.

Dans la dernière période qui court sur deux siècles les pratiques religieuses vont beaucoup varier. Le douzième siècle se caractérise dans le Toulousain par l’affaiblissement du pouvoir des évêques notamment dans les zones éloignées de leur siége. On voit la naissance puis le développement de l’hérésie cathare. Le climat n’est pas du tout favorable à la création d’une nouvelle paroisse. 

Par contre le onzième siècle surtout en son début semble réunir les conditions propices à cette naissance. Le siècle précédent l’an mille a vu la fondation de monastères importants dans le diocèse de Toulouse : Lézat, Mas Grenier, Saint-Audart et Camon. En s’appuyant sur la pensée d’Himcarar archevêque de Reims, promoteur de la paix de Dieu, Raymond 1er évêque de Toulouse va en 994 lors du concile du Puy définir des règles associant évêques et comtes. Elles traitent notamment de l’immunité des églises, de la protection des marchands et des vilains ou des paysans dans les « villae »[6] .  Dans cet environnement nouveau de la Paix de Dieu, les prieurs et les abbés vont favoriser l’installation de nouveaux villages et donc de nouvelles paroisses. On peut raisonnablement penser que Saint-Martin de Tréziers est né, dans ces circonstances, au lendemain de l’an mille.

[1] Carte de France levée par ordre du Ministère de l'intérieur, feuille XVI-36, édition Hachette, 1893

[2] Etude d'histoire Audoise, IX et XIV siècle. Elie Griffe, 1976

[3] Toponymes St Martin, Mémoire Sté Archéologique de Touraine, Tome LXII-1997, Jean Mary Couderc

[4] Recueil des chartes de l’Abbaye de La Grasse, T1 779-1119, chap. 1er, Elisabeth Magnou-Nortier.

[5] Recueil des chartes de l’Abbaye de La Grasse, T1 779-1119, Acte 54 et Acte 76, Elisabeth Magnou Nortier

Sonnac : Et in alio loco ubi dicitur Villa Soniario, dono alium  aloden cum terris et vineis et silvis.

Saint Pierre de Labouiche : Et in alio loco ubi dicitur Monte Laeto, dono alium alodem cum ipsa ecclesia Sancti Petri, cum terris et vineis et silvis, et cum omnes fines et aiacentiis earum, tam quaesitum quam inquirendum.

Cavanac : Et in alio loco ubi dicitur Kavannaco, dono alium alodem cum ipsa ecclesia Sancta Mariai, cum eecleqiasticum et cum ipsum alodem cum terris et vineis …

Montengrand : Et in alio loco ubi dicitur Monte Ingerammo vel Monte Auriole, dono alodes meos...

 [6] Le Diocèse de Toulouse, G. Baccrabere Y. Castan J. Chansou E. Magnou-Nortier sous la ditection de Philippe Wolff, Paris, Beauchesne, 1983.

 
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ISSN : 1626-0139

 

23/07/2009

 

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