vente des biens levis de treziers

LA VENTE DES BIENS LEVIS

 

1789 : les États Généraux, l'Assemblée Nationale... Dés octobre le marquis de Lévis quitte le château de Lagarde en emportant les chartriers, les papiers de la famille Lévis Mirepoix, pour les mettre en lieu sur, à Toulouse. Il s’exile à Rome.

En 1792 le District de Limoux demande la séquestration des biens des Lévis. Le territoire du département de l’Aude qui venait d’être créé s’avancait alors jusqu’à Léran. Dix huit biens fonciers, appartenant à la famille de Lévis, tous situés sur le territoire du District, étaient visés par cette mesure. Ils comprenaient les châteaux de Léran , Queille, Tréziers et Sonnac avec leurs dépendances et leurs fermes. En faisaient aussi partie une dizaine de métairies: les Granges, Ventairolles, la Teuliére, la Farouette, Taurine, Néru, Sacaze, Bourrel, la Leude de Balaguier. Trois moulins à eau à Léran et Peyrefite ainsi qu’un moulin à jayet complétaient la liste.

Le 12 janvier 1792 à 10 h du matin Clément Durrieu de Chalabre représentant le district de Limoux se présente à la municipalité de Tréziers. Il demande  au citoyen Joseph Méric officier municipal de l’accompagner. Ils se rendent au château de Tréziers. Ils vont interroger le fermier Jean Paul Berger. Ce dernier déclara tenir en bail le château ainsi que la métairie de Bourrel qui en dépendait. Il affirma qu’il payait au Marquis une rente annuelle de trois mille livres. Le terme en cours était du. Il ajouta qu’il était débiteur envers son bailleur le Marquis de neuf cent cinquante livres correspondant aux cabaux mis à sa disposition. Cela comprenait les animaux matières et outils, nécessaires à l’exploitation du domaine. Au terme du bail ils devront être restitués ou bien remboursés en argent. Durrieu recommanda à Berger de « ne point se libérer de ce qu’il pourrait devoir au dit Lévis sous peine de payer deux fois » (4)

Le 21 septembre 1792 la Convention proclama la République. En août Gabriel Clauzel, marchand de drap à Mirepoix et révolutionnaire juré, a été élu procureur général syndic du District de Mirepoix. Son frère Jean Baptiste député de l’Ariège disait de lui : « au comité de surveillance de Mirepoix sa présence seule effrayait les ennemis du nouveau régime »  (5)

Le 1er décembre 1792, plein de haine pour les anciens seigneurs, il somma ses homologues du département de l’Aude de saisir immédiatement les bien de l’émigré Lévis situés dans leur ressort. Suite à cette injonction, le 6 décembre Clément Durrieu se présenta à la municipalité de Tréziers. Il demanda l’assistance de la municipalité, qu’on « lui donne main forte si le cas le requérait » C’est  encore une fois Joseph Méric officier municipal qui l’accompagna. Durrieu signifia le séquestre du bien, au fermier Jean Paul Berger.  

Une décennie plus tôt la famille Bergé était venue prendre en fermage le château de Tréziers. Avec le jeu des cousinages c’était une vraie tribu qui avait investi le village. Jean Paul marié à Paule Senesse était le chef de famille. Son frère Jean Baptiste était depuis 1778 le curé de la paroisse. Pendant prés d’un quart de siècle ils vont tenir un rôle de premier plan dans la vie du village.
 

Le 09 août 1793 le Directoire du District de Limoux nomma des commissaires « pour procéder à l’estimation des biens immeubles, cabaux, outils aratoires et atras de ménagerie ayant appartenu aux émigrés »

Le samedi 07 décembre 1793 les sieurs Durrieu et Peyronnat se présentèrent devant la municipalité de Tréziers. Joseph Carrié le maire les reçus. Il était assisté de Jean Sérié et de Bernard Mareilles officiers municipaux ainsi que de Raymond Autié le procureur municipal. Les commissaires présentèrent leur mandat puis exposèrent l’objet de leur mission. Ils étaient chargés d’effectuer l’inventaire des biens Lévis et de préparer des lots pour les vendre aux enchères au bénéfice de la République.

Pendant environ quinze jours les commissaires, accompagnés de deux assesseurs, vont parcourir le terroir de Tréziers en cherchant les limites des biens Lévis. Ils mesurent les surfaces, estiment la valeur des parcelles. La population ne semble pas avoir pleinement coopéré avec la commission. Pour certaines pièces, notamment du coté du hameau de L’Espagnol les limites ne purent être établies avec certitude.

Une fois l’inventaire terminé, une concertation fut ouverte avec les élus du village. Les commissaires exposèrent leur projet de partage en lots. Après discutions il est décidé d’en constituer trois parts.    

Le premier lot comprenait le château avec ses granges la hiére et  le jardin ainsi que la plus grande partie d’un bâtiment place de Loumet. S’y ajoutaient vingt trois parcelles représentant quatre vingt sept hectares. La plus étendue comprenait les Canonges, la Plaine et Boulzanne. Autres champs compris dans ce lot : Coumeilles, Coumengrand, Pouroutges, Peiriéres, les Condamines, L’Horte…La valeur fut estimée à quarante quatre mille six cent quatre vingt dix neuf livres.

Pour le deuxième lot le procès verbal précisait qu’il était destiné à être partagé. Le maire aurait obtenu la promesse que ces terres reviendraient de plein droit aux habitants de Tréziers. Il était composé de huit parcelles totalisant un peu plus de vingt sept hectares. Les plus importantes étaient celles des Quaranténes, de la Borde d’en Franc, du Poux et de la Fount del Prat. La valeur du deuxième lot fut estimée à six mille neuf cent quarante cinq livres.

Le troisième lot était composé de la métairie d’Autajou et deux herms (des friches). Il faisait prés de trente cinq hectares. S’y ajoutait un « couvert » de vingt deux canes et demi,  à prendre sur une maison dépendant du château située à Loumet. Il fut estimé cinq mille quatre vingt livres.

En 1794 les administrateurs du Directoire de Limoux mirent en vente par adjudication les biens des Lévis. Des avis furent adressés au maire pour être affichés et publiés. Il semble qu’au village peu de publicité ait été donnée à cette adjudication. Quelques mois plus tard, lorsque l’adjudication sera connue de tous, il y aura de nombreuses protestations et polémiques.

Elle eut lieu le mardi 15 Prairial an II (6 juin 1794)  Le premier lot fut attribué à Bernard Espert de Mirepoix pour la somme de quatre vingt mille trois cents livres. Le lot plus modeste de la métairie d’Autajou fut adjugé à Jean Paul Bergé, le fermier, pour un montant de quinze mille livres.

 
 

(4) 1Q88 – Archives départementales de l’Aude
(5) La Révolution de 1789 à Mirepoix (Ariège) P107, Joseph Laurent Olive,1974

 

ISSN : 1626-0139
 

25/07/2009

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