origine du chateau de treziers

INVENTAIRE DU 18 AOUT 1815


Nous avons exposé  comment le château fut vendu aux enchères à Limoux et comment il avait été démembré en trois lots. Le fermier Jean Paul Berger avait du se contenter du deuxième, la métairie d’Autajou. Il l’avait acquis en s’endettant. Le premier lot comprenant le château de Tréziers était revenu à Bernard Espert.

 

Espert meurt en le samedi 12 août 1815. A la demande de sa veuve Paule Estrade, les scellés sont mis sur le château. Le vendredi suivant 18 août maître Clavel notaire à Chalabre procède à l’inventaire successoral (4).

Grâce à ce document nous disposons d’une description très minutieuse de l’agencement du château. La destination des pièces du rez-de-chaussée et du premier étage, ainsi que leur mobilier, furent décrits de façon exhaustive.
Le deuxième étage, qui disposait de grandes pièces éclairées par de larges baies semblait inoccupé. Apparemment il était utilisé comme grenier à grains. Cet usage a perduré jusqu’au siècle dernier.
 

REZ DE CHAUSSEE
 
Grâce à ce document nous disposons d’une description très minutieuse de l’agencement du château. La destination des pièces du rez-de-chaussée et du premier étage, ainsi que leur mobilier, furent décrits de façon exhaustive.
Le deuxième étage, qui disposait de grandes pièces éclairées par de larges baies semblait inoccupé. Apparemment il était utilisé comme grenier à grains. Cet usage a perduré jusqu’au siècle dernier.
On entrait dans le château par un vestibule. Un antique meuble fontaine, en bois de cerisier, avec sa cuvette de faïence, était adossée au mur. L’œil du visiteur se posait ensuite sur une belle pendule à poids et balancier cuivré. Sa caisse était en sapin. Les deux experts, Joseph Monier et François Baby, qui avaient été désignés le jour même par le juge de paix de Chalabre, évaluèrent l’horloge à quarante francs. C’était le prix d’un mulet.

On accédait ensuite au salon. C’était une grande et belle pièce. Une cheminée permettait de la chauffer. Son manteau était à demi encastré dans la paroi du mur. Dessus était fixée une glace à trumeau. L’âtre était garni de lourdes plaques de fonte et d’une paire de chenets décorés en laiton. Des pincettes et une pelle permettaient d’entretenir le feu.
Sur le mur opposé une glace à couronnement doré accentuait la profondeur de la pièce. Le défunt Bernard Espert avait fait accrocher un portrait en couleur du Roi Louis XVIII dans un cadre doré. La lumière, qui entrait à flot par les fenêtres donnant plein sud, était filtrée et adoucie par des rideaux de mousseline blanche. Un canapé et six fauteuils assortis en tissus de velours d’Utrecht de teinte rosée étaient disposés non loin de la cheminée. Au milieu de la pièce on avait placé une belle table à pied fixe et à tiroir recouverte d'un tapis vert. Une deuxième table ronde à coté pliant en sapin permettait était utilisée pour recevoir. Ce mobilier était complété par une douzaine de chaises en paille à dossier bombé.
Non loin des tables, un buffet en bois de cerisier à deux portes permettait de ranger la vaisselle. Le notaire le fit ouvrir. Il compta trois douzaines d'assiettes en faïence blanche, six jattes, quatre plats ronds, une soupière, une écuelle, un sucrier en faïence et six tasses en faïence jaune. Ce service était complété par douze couverts d'argent à filet, six cuillères à café, une cuillère à soupe et deux à ragoût. L’argenterie fut passée à la balance. Le tout pesait trois kilogrammes un dixième, soit treize marcs en ancienne mesure. Les experts se mirent d’accord sur le prix de  six cent cinquante francs. C’était la valeur de deux paires de bœuf ou bien de la moitié du troupeau de mouton. Dans le buffet se trouvaient aussi quatre bouteilles en verre d'Angleterre, une carafe, un huilier en verre bleu. Enfin tout ce qui était nécessaire pour recevoir.

Toujours au rez-de-chaussée il y avait la chambre dite du « bourrat ». Sa fenêtre donnait sur la rue.  Ce personnage était chargé de soigner les animaux, chevaux et bœufs. C’était une personne de confiance. Il disposait d’un lit à longe ou à tombeau en bois. Le couchage se résumait à une paillasse et à une couette de plume commune. A la fenêtre étaient accrochés des rideaux de cotonnade à flamme.

Entre les deux pièces il y avait la « dépense » Elle contenait deux « tambourns » ou dames-jeannes en verre vert avec leurs paniers. Il y avait aussi trois pots à graisse vernissés, douze bouteilles en verre d'Angleterre et deux pots de terre dont un rempli d'huile de lin.

Les deux autres pièces du rez-de-chaussée, la cuisine et le chaix, donnaient sur la cour du coté nord-est. La vaste cuisine était surtout remarquable par son immense cheminée avec son haut linteau de pierre massive. Un homme pouvait aisément s’y tenir debout. On y faisait rôtir sans peine un agneau. Elle était équipée d’une paire de chenets, d’une crémaillère,  d’un gril avec ses supports, d’une broche et d’une lèchefrite en fer blanc. Les ustensiles de cuisine étaient variés. Parmi eux on remarquait un grand chaudron ou chaudière, ainsi que deux autres chaudrons en bon état. Ils étaient tous en cuivre rouge. Pour la friture il y avait une poêle et deux poêlons.
Le mobilier était simple et rustique. Il se composait d’une vieille armoire en bois de sapin à deux ouvrants, d’une table de cuisine et de cinq chaises. Dans l’armoire étaient rangés deux cruches en terre, trois pots à soupe, trois plats en terre et un petit moulin à café. Lorsque la nuit venait, on allumait une petite lampe à huile dite calel.

Dans le chaix, on trouva sept tonneaux vides, cerclés en bois, d'une capacité totale d'environ dix huit hectolitres, ainsi que six barriques cerclées aussi en bois, dont quatre hors d’usage. Dans un coin il y avait trois comportes pour transporter la vendange. Au fond de la pièce une petite cuve vinaire toute en bois pouvait contenir vingt hectolitres.

 
PREMIER ETAGE

Le premier étage du château était composé de très grandes pièces, hautes de plafond, bien éclairées. La plus imposante, appelée la grande salle, prenait le jour au midi. Elle était le pendant de celle du rez-de-chaussée. Elle avait été aménagée en chambre. Elle disposait d’un lit à deux dossiers sur roulettes. Il était composé de son bois, d'une paillasse, de deux matelas, d'une couette et d’un traversin remplis de plume, ainsi que d'une couverture en coton. Le reste du mobilier consistait en une table à pied fixe, à un tiroir, recouverte d'un vieux tapis de laine. Dessus on avait disposé un pot à eau et une cuvette en faïence blanche et douze gobelets en verre commun. Dans le cabinet qui joignait la chambre on trouva une petite table à pied fixe. Cette pièce servait avant tout de penderie. Y étaient rangés trois vieux habits du défunt. Ils consistaient en trois paires de culottes et en trois vestes ou gilets. Il y avait aussi deux vieilles paires de souliers et un chapeau.

 Tout à coté on accédait à une chambre ou salle que Mme Espert dit servir de grenier. On y avait installé deux lits. Ils semblaient être couramment utilisés, à examiner leur agencement. Le premier était un lit à longe. Il disposait de rideaux de toile de coton jaune. Il était composé, en plus de son bois, d'une paillasse, d'une couette et d’un traversin remplis de plume commune, d'un matelas de laine et d'une couverture de laine. Le dedans du lit était en indienne rouge, ainsi que sa courtepointe. Il fut estimé à cent vingt francs.
La composition du second lit était quasi identique. Néanmoins la couette et le traversin étaient cette fois garnis de plume d'oie. Il disposait aussi d'un matelas de crin, d'une couverture de laine. Il avait des rideaux de bourre de soie gris bleu. Le dedans était en indienne rouge. Il valait cent quarante francs.
La suite de l’inventaire pouvait justifier le qualificatif de grenier donné à cette pièce. On y voyait une vieille male vide, un carreau ou « oreillée » avec son fourreau d'indienne, un chauffe-lit en bois appelé moine. Dans un coin on trouva trente cinq sacs destinés à ensacher le blé ainsi que cinq « bourrasses »
Une grande armoire était « enrasée » dans le mur. Sa porte était en sapin peint. Elle servait à ranger du linge de maison. Son inventaire minutieux indique : six paires de drap de lit en lin à demi usés, huit autres paires de draps en toile dite de maison, trente six essuie-mains ou torchons, deux douzaines de serviettes fines, quatre douzaines de serviettes en toile commune et quatre nappes. Le notaire indiqua que dans cette liste étaient inclus les draps qui garnissaient les lits de la maison, ainsi que tout le linge  qui avait été auparavant décrit dans le procès verbal d'apposition des scellés. Ils avaient été laissés à disposition de la veuve Espert pour l'usage journalier.

Dans la salle suivante, dite chambre de la domestique, était installé un lit pliant. Il disposait d’une couette, d’un traversin et d’une couverture de laine. Le tout fut évalué à trente francs. Une armoire en bois de cerisier contenait dix paires de vieux draps en coton et en fil, douze chemises à l'usage du défunt, quinze mouchoirs de poche en « jouland », huit cravates et trois vieux gilets.
De là on accédait à la chambre voisine qui était celle du défunt Bernard Espert. Son lit était le plus précieux du château. Il fut évalué à trois cents francs, le prix d’une paire bœufs.  Il possédait deux dossiers en bois de cerisier. La literie était composée d'une paillasse, d'une couette et d’un traversin rempli de plume d'oie, d'un matelas de laine. Il disposait d'un carreau ou « oreillée » avec son fourreau de mousseline blanche. Une couverture de coton, une autre de laine ainsi qu’une courtepointe de toile de coton piqué, recouvraient les draps. Deux rideaux de percale blanche permettaient de l’isoler du reste de la pièce. Une cheminée permettait de chauffer la pièce. Elle avait des chenets en laiton avec tous les instruments nécessaires à l’entretien du foyer. Le mobilier comprenait, en plus d’une vieille commode à trois tiroirs et au dessus en marbre, deux chaises garnies de paille et un fauteuil lui aussi de paille. Au mur était fixée une petite glace à cadre doré. Deux rideaux de toile de coton masquaient la fenêtre

La dernière pièce de l’étage était la chambre de Madame Espert. Elle avait un lit à deux dossiers en bois. Sa literie était quasi identique à celle de son défunt époux. Seule différence, les rideaux de toile qui entouraient le lit étaient en coton jaune. Il  fut évalué à cent cinquante francs. Une partie de la chambre était aménagée en boudoir. On y avait disposé un canapé de paille, rembourré et couvert d'une cotonnade bleue à carreau. Une table en bois de cerisier, trois chaises et un fauteuil de paille complétaient le mobilier. Le portrait peint à l'huile du défunt Bernard Espert, dans un cadre doré, avait été accroché en bonne place sur le mur.
 

LES DEPENDANCES

Une fois terminée l’inspection du logement, le groupe entreprit la visite des dépendances. Il se rendit d’abord dans la vaste salle qui servait d’écurie et d’étable. Elle ouvrait sur la cour. Dans l’écurie le notaire trouva cinq juments et deux jeunes mulets. Les juments étaient à poil rouge, baie ou châtain. Certaines servaient à la monte. Pour cet usage il y avait deux selles, trois brides et une « aubarde ».

Dans la partie qui servait d’étable il y avait quatre paires de bœufs et une paire de vaches. Leurs ages s’échelonnaient de huit à douze ans. Il y avait aussi un veau et une génisse. Les animaux adultes étaient utilisés pour travailler les terres du domaine. Il y avait cinq charrues garnies avec tous leurs accessoires. Trois vieilles charrettes à bœuf à essieu de fer étaient utilisées pour les charrois. Il y avait aussi un tombereau à essieu de bois. Parmi les outils destinés aux brassiers de la ferme l’inventaire distingua : quatre bêches, deux hoyaux appelés vulgairement « bigot » et deux pals en fer.

On passa ensuite à la bergerie. On y trouva deux béliers, l’un mérinos, l’autre métis. Le notaire compta soixante douze brebis, vingt sept moutons et quarante agneaux. Ce troupeau fut évalué à mille cent cinquante huit francs.
Tous ces animaux constituaient la dotation de base du domaine en bétail. Ils faisaient partie des cabaux attachés au domaine. Ils devaient être restitués par le fermier lors de son départ.  On retrouvera en 1847 et en 1860  cette dotation. Elle resta toujours fixé à deux cents bêtes à laine, cinq paires de bœufs et quatre juments.

Dans la grange il y avait environ seize tonnes de fourrage. Il ne fut pas porté d’estimation, car il s’agissait de la nourriture destinée aux animaux servant à l’exploitation des terres. De ce fait il était considéré comme une dépendance des immeubles de la succession.

Dans le local dit « garde pile » on trouva huit mille gerbes de blé dont le produit fut évalué à trois mille deux cents francs, ainsi que trois mille gerbes d'avoine valant six cents francs.

 
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ISSN : 1626-0139

25/07/2009